Vous avez prévu d’emporter votre drone pour immortaliser les minarets de Samarcande ou les coupoles turquoise de Boukhara depuis les airs ? Lisez ceci avant de le mettre dans votre valise : en Ouzbékistan, les drones sont interdits aux touristes. Non seulement leur utilisation est illégale sans autorisation officielle, mais même les apporter dans le pays sans les déclarer est une infraction. Voici tout ce que vous devez savoir pour ne pas ruiner votre voyage.
Quelle est la loi sur les drones en Ouzbékistan ?
En Ouzbékistan, la réglementation aérienne est strictement contrôlée par la Civil Aviation Agency (UZCAA), organisme rattaché au Ministère des Transports. Depuis plusieurs années, le survol par drones à des fins personnelles ou touristiques est soumis à une autorisation préalable délivrée par les autorités compétentes — autorisation que les touristes individuels n’obtiennent quasiment jamais en pratique.
Il existe théoriquement un système de permis temporaire d’import et d’utilisation de drone pour les étrangers, géré via la plateforme UZCAA et le Ministère du Tourisme. Mais la procédure est bureaucratiquement très lourde : dossier complet en russe ou en ouzbek, délai de plusieurs semaines, validation par plusieurs ministères. Aucun touriste en court séjour ne peut réalistement obtenir cette autorisation. En pratique, les seuls étrangers à l’obtenir sont :
- Les équipes de médias professionnels (chaînes de télévision, agences de presse) avec accréditation gouvernementale préalable
- Les sociétés de production cinématographique disposant d’un accord formel avec le ministère de la Culture
Un programme national approuvé en début d’année par le président ouzbek prévoit d’autoriser les personnes morales (entreprises) à utiliser des drones à des fins économiques. Ce texte vise les usages industriels — il n’inclut pas les touristes individuels.
Pour résumer : en tant que touriste français ou européen, l’obtention d’une autorisation légale pour faire voler un drone en Ouzbékistan est dans les faits impossible lors d’un séjour touristique classique.
Peut-on entrer en Ouzbékistan avec un drone dans ses bagages ?
C’est là que beaucoup de voyageurs font une erreur coûteuse. Importer un drone en Ouzbékistan sans le déclarer en douane est une infraction distincte du fait de le faire voler.
À votre arrivée à l’aéroport de Tachkent (Islam Karimov International Airport), tout équipement de photographie aérienne doit être mentionné sur votre déclaration douanière. Si vous cachez votre drone dans vos bagages, vous prenez le risque :
- De voir votre appareil confisqué immédiatement lors du contrôle des bagages (les scanners de l’aéroport de Tachkent sont modernes et efficaces)
- D’être interpellé et placé en garde à vue pour tentative de contrebande
- De faire l’objet d’une procédure pénale si les autorités estiment l’infraction suffisamment grave
Si vous déclarez votre drone, les autorités douanières peuvent décider de le retenir à l’entrée et de vous le restituer à la sortie. La recommandation pratique des agences de voyage spécialisées est simple : ne pas apporter de drone en Ouzbékistan.
Zones strictement interdites (même pour les opérateurs autorisés)

Même pour les rares opérateurs disposant d’une autorisation officielle, certaines zones restent totalement fermées à tout survol :
Proximité des aéroports
Tout vol de drone est interdit à proximité immédiate de chaque aéroport ouzbek. Les sources secondaires (sites spécialisés en droit aérien) citent généralement un rayon de 3 km, mais la UZCAA ne publie pas de chiffre précis pour les drones de loisir. À retenir : approcher un aéroport ouzbek avec un drone est une infraction caractérisée, quelle que soit la distance exacte. Cela concerne les aéroports de Tachkent, Samarcande, Boukhara, Urgench, Namangan et Ferghana.
Zones frontalières
Les frontières avec le Kazakhstan, le Kirghizistan, le Tadjikistan, l’Afghanistan et le Turkménistan sont des zones de sécurité militaire où tout vol est prohibé. La distance minimale est variable selon les zones mais peut aller jusqu’à plusieurs dizaines de kilomètres.
Installations militaires et stratégiques
Tout bâtiment ou infrastructure militaire, gouvernementale ou qualifiée de « stratégique » (centrales électriques, barrages, sites de stockage d’eau) est une zone interdite de facto.
Sites historiques et patrimoine UNESCO
La Registan de Samarcande, les remparts de Khiva (Itchan Kala), les médersas de Boukhara et les autres sites classés au patrimoine mondial de l’UNESCO sont sous surveillance active. Les gardiens et forces de sécurité interviennent rapidement en cas de survol non autorisé.
Quelles sont les sanctions concrètes ?
Les autorités ouzbèkes ne plaisantent pas avec les infractions aériennes, surtout depuis les années 2010 où la sécurité nationale a été renforcée dans toute l’Asie centrale.
En pratique, les touristes pris à faire voler un drone sans autorisation risquent :
- Confiscation immédiate du drone (sans garantie de récupération)
- Amende dont le montant peut être très élevé (plusieurs centaines d’euros)
- Interrogatoire prolongé par les forces de sécurité
- Expulsion du territoire dans les cas graves
- Poursuites pénales si le drone survolait une zone militaire ou stratégique
Des cas de touristes occidentaux ayant eu leurs appareils confisqués à Samarcande et Boukhara ont été rapportés sur des forums de voyageurs. La prise de risque n’en vaut pas la peine, d’autant que les paysages ouzbeks se photographient magnifiquement depuis le sol.
Comment photographier l’Ouzbékistan sans drone ?

La bonne nouvelle : l’Ouzbékistan est l’un des pays les plus photogéniques d’Asie centrale, et ses trésors architecturaux se révèlent souvent mieux au niveau du sol qu’en vue aérienne.
Montez sur les minarets et les terrasses accessibles
À Samarcande, la terrasse de la médersa Tilla-Kari offre une vue plongeante sur la place de la Registan. À Boukhara, la tour Kalan se distingue mieux vue depuis le sol que depuis les airs. À Khiva, les remparts d’Itchan Kala permettent de dominer toute la médina depuis plusieurs points.
Exploitez les heures magiques
La lumière dorée des 30 premières minutes après le lever du soleil et des 30 dernières avant le coucher transforme les mosaïques de faïence en scènes presque irréelles. Arrivez à la Registan à 7h du matin en été : vous serez souvent seul ou presque, avec une lumière exceptionnelle.
Choisissez les bons objectifs
Un téléobjectif (70-200mm) compresse les perspectives et permet d’isoler les détails des minarets, les motifs de faïence et les reflets dans les bassins. Un grand-angle (16-24mm) capture en une seule image toute la majesté d’une cour de médersa. Consultez notre guide des accessoires photo pour l’Ouzbékistan pour aller plus loin.
Opérateurs locaux agréés
Si vous avez absolument besoin de prises de vue aériennes pour un projet professionnel (reportage, documentaire, campagne publicitaire), certaines agences de voyage locales à Tachkent peuvent faciliter la démarche auprès des autorités. Le processus prend plusieurs semaines et implique un dossier complet avec justification du projet. Ce n’est pas une option de dernière minute.
Et les appareils photo avec mode “zoom spatial” ou caméra stabilisée ?
Les cardan (gimbals) et perches télescopiques utilisés depuis le sol sans décollage ne sont pas des drones au sens juridique ouzbek. Un gimbal monté sur une perche de 5 mètres reste techniquement dans le domaine légal, mais attire l’attention des gardes sur les sites historiques. Utilisez ces équipements avec discrétion.
Les caméras à longue focale sur trépied sont parfaitement légales partout sauf dans les installations militaires et gouvernementales (où la photographie elle-même est interdite).
Ce que dit la réglementation en 2026 : évolutions attendues ?
Le gouvernement ouzbek a lancé en 2026 un programme de modernisation de la réglementation des drones dans le cadre de sa stratégie de développement technologique. Le ministère de la Défense, le ministère des Transports et le ministère du Numérique travaillent sur un projet de décret visant à permettre aux entreprises d’utiliser des drones pour des usages économiques (agriculture, logistique, inspection d’infrastructures).
Aucun texte n’est prévu pour libéraliser l’usage par les particuliers en 2026 ou 2027. La tendance est à un encadrement renforcé, pas à une ouverture. Avant votre départ, consultez le site de l’ambassade ouzbèke ou les conseils aux voyageurs du Ministère des Affaires étrangères français pour vérifier si la situation a évolué.
Ce qu’il faut retenir en 5 points
- Ne prenez pas votre drone — la réglementation ouzbèke interdit les vols de drone aux particuliers et aux touristes
- Si vous l’avez quand même dans vos bagages, déclarez-le impérativement en douane à l’arrivée à Tachkent
- Les sanctions sont réelles : confiscation, amende, garde à vue, expulsion possible
- Les sites UNESCO sont particulièrement surveillés : Samarcande, Boukhara, Khiva — n’essayez pas
- Les alternatives depuis le sol sont nombreuses : terrasses, téléobjectifs, lumière rasante, heures magiques
L’Ouzbékistan est un pays en plein développement touristique, mais qui reste une république d’Asie centrale avec une approche très conservatrice de la sécurité nationale. Un bon visa Ouzbékistan dans le passeport et un respect sincère des règles locales reste la meilleure garantie d’un voyage mémorable — et sans encombre.